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28 mars 2007

La jeune fille en bleu (Vincent Van Gogh, 1890)

 

Adeline

 

      Adeline était déjà là, dans la souillarde. Elle contemplait les toiles qui séchaient sur les murs pour se donner de l’importance et montrer qu’elle s’intéressait à mon travail.

      - Vous êtes très belle Adeline habillée ainsi !

      Elle sourit timidement. Elle qui portait habituellement des tenues amples et légères de son âge, paraissait engoncée dans cette robe de femme qui serrait son buste. La robe était entièrement bleue surmontée d’un col court fermé par une broche en métal doré. Son corsage bleu clair, étroit, soulignait sa poitrine naissante. Elle avait soigneusement tiré ses longs cheveux en arrière et les avaient serrés derrière la nuque avec un ruban vert bleu noué en papillote. Des boucles disparates couraient sur son front.

      Elle hésitait à bouger, interrogeant Vincent du regard. La clarté de la fenêtre derrière elle l’entourait d’un halo lumineux qui dessinait les courbes de sa gracieuse silhouette. Dans le contre-jour, ses yeux, habituellement très clairs, étaient bleu foncé, presque violet, assortis à la robe. C’était une symphonie en bleu que son teint pâle et ses cheveux dorés accentuaient.

 

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- C’est ma première robe, dit-elle en faisant plusieurs tours sur elle même au risque de se prendre les pieds dans la jupe trop longue.

      Vincent appréciait qu’elle se soit faite belle, exprès pour lui. Il pensa : c’est un jour de fête pour elle ; une première robe de jeune fille et un peintre qui va faire son portrait ?

 

      Il fallait commencer sans plus tarder pour pouvoir terminer le tableau dans la soirée. Le chevalet fut posé face à la fenêtre. Vincent choisit des tons plutôt froid : plusieurs bleus, du vert émeraude, un jaune de cadmium, plus un vermillon et un blanc.

      Adeline s’amusait à voir le peintre presser les tubes sur la palette. Elle imaginait cette pâte liquide, pure, se transformant en un personnage de chair et de sang qui serait elle. Vincent prit la toile de 15 qu’il avait soigneusement préparé dans sa chambre avant de descendre et la posa sur le chevalet. Il ne lui restait plus qu’à préparer son joli modèle.

      Il installa Adeline sur une chaise en paille qu’il avait ramenée du restaurant et l’orienta de profil par rapport à lui. La lumière s’infiltrait dans ses cheveux et morcelait sa robe de petits éclats de feux. Il saisit ses épaules et lui tourna à peine le buste. « Relevez les manches de votre robe sur vos avant-bras et reposez les mains librement sur vos genoux. J’ai besoin de voir vos mains en pleine lumière. Bougez le moins possible. » Docile, elle se laissait faire.

      Le peintre trempa une brosse dans du bleu de prusse et dessina les contours de la robe, les bras, le cou, les méandres de la chevelure. Avec un pinceau très fin, il cerna le visage d’un mince liseré vermillon. De profil, le nez d’Adeline apparaissait assez long avec une légère bosse au milieu. Deux traits rouges marquèrent l’emplacement de la bouche. La robe fut coupée sous les genoux de la jeune fille.

      Adeline posait comme une professionnelle, détendue, les bras souples, la tête bien droite, sans raideur.

      - Cela prend forme ! Restez assise dans la même position, Adeline ! Vous pouvez remuez vos bras et vos mains avant que je ne commence à couvrir la toile… Ce n’est pas trop dur ?

      Elle ne bougea pas la tête. Son unique œil s’éclaira et sa bouche esquissa un sourire un peu figé. Vincent sortit sa pipe de la poche de sa veste, la bourra et l’alluma. Tout en fumant, il marchait dans la souillarde en réfléchissant.

      Il revint et attrapa sa palette d’un geste décidé. « Reprenez la pose Adeline, les choses sérieuses commencent ! ». C’était le moment qu’il préférait. L’excitation montait en lui. Seule l’élaboration de l’œuvre occupait son esprit. A ses débuts dans le métier, il avançait par touches légères, cherchait le bon mélange, posait les couleurs délicatement, respectait les formes, les volumes, les contrastes. C’était superflu ! Aujourd’hui, la spontanéité était le seul chemin qu’il s’autorisait.

      Vincent étala un mauve moyen bleuté sur l’ensemble de la robe. Armé d’un second pinceau, il couvrit de jaune mixé de vert le visage, les avant-bras et les mains. La couleur restante sur le pinceau, mêlée de jaune de cadmium et d’un soupçon de rouge, balaya les cheveux. Il reprit la brosse imprégnée de mauve, la trempa dans du bleu cobalt et traça des bâtonnets acérés sur la sous-couche humide. Les volumes de la robe étaient suggérés uniquement par l’inflexion des bâtonnets : verticaux dans l’épaisseur de la jupe, incurvés sur la pliure du bras, penchés sur la poitrine. Des traits arrondis ondulèrent les cheveux.

      Aucune touche n’était posée au hasard. La main dirigeait le pinceau, imprimait le mouvement, la direction.

      La tension due à la concentration immobile rosissait les joues de la jeune fille. L’artiste frotta du vermillon sur les pommettes et dans l’angle du nez, sous l’œil.

      Adeline montrait des signes évidents de fatigue. Sa robe trop étroite comprimait sa respiration et son léger corsage s’animait de mouvements oppressés. Vincent posa son chevalet et alla ouvrir la fenêtre pour évacuer la fumée opaque dégagée par la pipe.

      - L’essentiel est fait ! Levez vous pour remuer les jambes, dit-il à Adeline qui semblait en état d’asphyxie avancée. Vous pouvez desserrer le haut de votre robe, vous serez plus à l’aise !

      Elle se redressa avec un plaisir non dissimulé et alla inhaler de l’air frais à la fenêtre. Elle se précipita ensuite vers le chevalet. Une moue perplexe retroussa sa lèvre inférieure.

      - Vous avez terminé, dit-elle apparemment peu satisfaite de son image ? Ma robe est bien… Tous ces petits traits qui partent dans tous les sens ? Les peintres qui viennent à l’auberge me montrent parfois les portraits qu’ils font dans la campagne… Cela ne ressemble pas à ça ! Ai-je vraiment ce menton en galoche et ce nez pointu ?

      - Vous êtes jolie comme un cœur, Adeline ! Ne nous inquiétez pas, il manque les touches finales, celles qui font vivre le portrait. Je ne suis pas mécontent. C’est bien vous, tel que moi je vous vois. Je vais colorer le fond autour de vous en reprécisant le modelé du visage.

 

      Ils sursautèrent quand la porte gémit et s’ouvrit lentement.

      La mine inquiète de madame Ravoux, la maman d’Adeline, apparut dans l’ouverture. Elle apportait quelques friandises pour sa fille ainsi qu’une pomme et une bouteille de bière pour l’artiste.

      - Pouah ! Cette fumée… Ne martyrisez pas ma fille, s’exclama-t-elle en riant ! Si vous saviez le temps qu’elle a passé à sa toilette avant de venir vous voir. Je lui ai ajusté une de mes robes. Cette gamine est déjà presque aussi grande que moi. N’est-elle pas belle mon Adeline ?

      Curieuse, elle s’approcha du chevalet.

      - Oh ! Cela a de l’allure ! Vous n’avez apparemment pas terminé. Je vous laisse travailler. Je vais commencer à préparer le  dîner… A tout à l’heure. Et soyez sérieux tous les deux !

      Elle s’esclaffa bruyamment en faisant un signe de la main joyeux à sa fille en sortant. Des éclats de rire entrecoupés de bruits de casseroles raisonnèrent dans la cuisine.

      Adeline offrit quelques biscuits à Vincent. Ils reprirent des forces en grignotant de concert.

 

      - On termine Adeline ? Reprenez la position. J’espère que la fumée de ma pipe ne vous gêne pas trop ? C’est ma drogue ! Elle m’aide à trouver l’inspiration.

      Adeline se rassit la mine renfrognée. Vincent reprit la forme des mains en les allongeant exagérément. Il aimait donner de l’importance aux mains dans ses portraits. « Elles sont aussi importantes que l’ovale d’un visage ou l’expression d’un regard ; elles causent, disait-il souvent. » Le fond de la toile bleu foncé fut rageusement exécuté avec des traits fins posés horizontalement, en sens inverse des bâtonnets verticaux de la robe. Au passage, pour faire plaisir à Adeline, le menton fut rétrécit  légèrement. 

      La toile était entièrement bleue. L’artiste vérifia une dernière fois l’ensemble du portrait et signa « Vincent » en rouge cru sur le bas de la robe, à gauche de la toile.

      - Fini ! Vous pouvez vous détendre Adeline. Merci de ne pas avoir bougé ! Vous avez été d’une sagesse que n’ont pas tous mes modèles. La plupart ne tiennent pas correctement la pose. Certains parlent, d’autres baillent, baissent la tête. J’ai même eu des personnes qui, fatiguées, fichaient le camp m’obligeant à terminer de mémoire.

      Adeline rosit de plaisir sous les compliments. Elle s’approcha à pas menus. Son expression devant la toile fut plus positive que la première fois. Néanmoins, quelque chose la chagrinait… Elle s’observa longuement. Un silence s’installa. Une exclamation jaillit :

      - Vous me voyez comme ça ? Ce n’est pas moi ! Je fais plus vieille que mon âge !

      Sa déception chagrinait Vincent. Pourtant, la toile qu’il voyait à distance le ravissait.

      Il réfléchit… Il y avait longtemps qu’il n’avait pas peint de jeune femme aussi charmante ?

       Peut-être que, tout à son plaisir de peindre, il n’avait pas vu la jeune fille qu’était Adeline mais la femme qu’elle allait devenir ?

                                                                                                        Alain

 

  e83682ec6b6d2bf10ba5fdff12cabac8.jpeg    Vincent a peint le portrait d’Adeline Ravoux, la fille de l’aubergiste, à l’auberge Ravoux en juin 1890, un mois après son arrivée à Auvers-sur-Oise. Il venait de quitter l’hospice de Saint-Rémy-de-Provence où il avait été admis, à sa demande, un an plus tôt. Il fit une variante de la toile pour son frère Théo ainsi qu’un portrait en buste, de trois-quarts.      

      Le peintre pensait qu’Adeline avait 16 ans ; en fait elle en avait 13…

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 Photos: Vincent Van Gogh à Auvers - Ed. Valhermeil

·        Vincent Van Gogh : Portrait d’Adeline Ravoux 1890, huile sur toile 67 x 55 cm, collection privée·        Vincent Van Gogh : Portrait d’Adeline Ravoux (variante) 1890, huile sur toile 73 x 54 cm, collection privée

·        Vincent Van Gogh : Portrait d’Adeline Ravoux 1890, huile sur toile 50 x 50 cm - The cleveland Museum, Cleveland

 

 

 

14 mars 2007

La fascination Vermeer

 

 Deux petits tableaux

 

        Pouvais-je savoir, ce jour là, que cette visite au Louvre allait devenir un des moments importants de ma vie d’amateur d’art ?

 

        Quelle chance nous avons de posséder ce « grand Louvre » où des millions de visiteurs se pressent chaque année ! Je m’y rends le plus souvent possible. Cette fois, j’avais décidé de revoir la peinture hollandaise du 17e siècle, période dénommée, à juste titre de par sa richesse, siècle d’or hollandais. Que des grands peintres ! : Rembrandt et ses clairs-obscurs, les portraits de Frans Hals, les paysages de Van Goyen ou Van Ruysdael, Jan Steen et son humour corrosif, les scènes de genre de Pieter de Hooch. Je me faisais un plaisir de les rencontrer à nouveau...

 

        Ouf, ma journée en Hollande se termine ! Au passage, j'ai revu les peintres des Ecoles du Nord. Brrr... Diabolique cette Nef des fous de Jérôme Bosch ?... Rubens ? Ses blondes et plantureuses jeunes filles flamandes sont à croquer...

        Je marche depuis un bon moment et la lassitude s’installe. Pourtant, je sais, par expérience, qu’il ne faut pas rester trop longtemps dans un musée car la vue se brouille et l’on finit par passer impassible devant des chefs-d’œuvre qui ne comprennent pas les raisons d’une telle indifférence.

        Les salles se vident. J'ai fait le plein de peinture hollandaise. Ces tableaux m'enchantent. Ils sont le reflet du peuple hollandais avec leurs maisons coquettes, leurs intérieurs bien entretenus, des paysages de champs fertiles parcourus de canaux, la mer du nord pour horizon.

        Fatigué, je m’apprête à quitter la Hollande lorsque j’aperçois un groupe de personnes scotché contre le mur de la dernière salle. Des abeilles ? On croirait des abeilles à l’entrée d’une ruche ! Mais que peuvent-elles bien regarder puisqu’il n’y a rien sur ce mur ? Erreur… je m’aperçois qu’elles sont tous simplement agglutinées devant une toute petite toile. Je m’approche d’une jeune femme placée derrière les abeilles. Elle tente péniblement de deviner la chose encadrée.

        - Que se passe-t-il ? Impossible d’approcher ! Il faut prendre un ticket, dis-je rigolard ?

        - C’est la plus petite toile de cette salle et personne ne veut bouger, me répond la jeune femme essoufflée. A chaque fois que je viens c’est pareil ! Pas étonnant, c’est La dentellière !

        La dentellière ?... Mais oui, j’y suis, La dentellière de Vermeer ! J’avais complètement oublié Vermeer que je connaissais mal, ce peintre intimiste hollandais tombé longtemps dans l’oubli et redécouvert au 19e siècle par un français. Sa personne restait énigmatique car l’on savait peu de chose sur sa vie. Peu de tableaux avaient été retrouvés. Une aura mystérieuse entourait son nom : Vermeer…

        - En attendant votre tour, profitez-en pour aller voir L’astronome. C’est l’autre toile de Vermeer qui est sur le côté droit de l’ouverture, en pendant de la première. Ce sont d’ailleurs les deux seuls Vermeer que la France possède, il y en a tellement peu dans le monde… Vous ne serez pas déçu, me dit gentiment la jeune femme.

        - Il y a donc deux tableaux de Vermeer au Louvre ? J’ai dû les manquer à ma précédente visite !

        - Forcément, ils sont minuscules et ils sont toujours cachés par les nombreux visiteurs qui se pressent devant, me souffle-t-elle en essayant frénétiquement de se frayer un passage vers la Dentellière.

        L’astronome, lui, est solitaire. Je me demande bien pourquoi ils sont tous devant la Dentellière ? Cette toile apparaît légèrement plus grande. Pas besoin de se coller dessus ! Etant seul, je prends le temps de l’examiner. Je n’ai encore jamais vu de près une œuvre de Vermeer.

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        Ma première impression est déconcertante : une émotion inhabituelle devant quelque chose de nouveau, d’inconnu… Pourtant la scène n’a rien d’originale : un savant, assis dans son cabinet de travail, pose la main sur un globe céleste. Devant lui, une table sur laquelle repose des objets. Une tenture ferme l’angle gauche de la pièce et recouvre la table. L’attention de l’astronome est concentrée sur le globe céleste face à la fenêtre, seule source de lumière apparente.

        Cette représentation, sans intérêt notoire, s’apparente à toutes celles exposées dans cette salle. Comme chez la plupart des peintres intimistes hollandais, l’activité quotidienne est représentée. Pourtant, chez Vermeer, la vision de l’intimité est différente… Pourquoi ?

        La clarté de la fenêtre distille des dégradés subtils d’ombres et de lumière sur le globe céleste, dans les plis du tapis jaune et bleu, sur le savant et le mur derrière lui. L’éclairage légèrement rosé sur la face et les mains du savant offre un doux contraste avec le vert de son habit. En m’approchant, je distingue des petites touches claires qui font vibrer les ombres bleutés du tapis ainsi que les ocres du globe céleste. Le modelé du personnage semble flou, dilué… Un merveilleux équilibre se dégage de cette œuvre. Une mélodie colorée rythmée par la lumière.

        Je suis tellement sous le charme que je ne me suis même pas aperçu du départ des abeilles. Seule la jeune femme est restée en contemplation devant l’œuvre. Sans m’occuper d’elle, je quitte L’astronome et m’approche du minuscule portrait. Comment est-il possible de peindre aussi petit ? 

  

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        A distance, la première impression est une harmonie en bleu et jaune. La dentellière est penchée, attentive sur son ouvrage. Cette fois, la lumière vient de la droite. Ma sensation est la même que face à l’astronome. Une douce clarté irradie la scène. Il ne s’agit pas d’un clair-obscur à la Rembrandt où les ombres sont réservées à l’arrière-plan ; ici, de fines nuances colorées dispersent les sombres et les clairs sur l’ensemble du motif. Je cligne légèrement les yeux, comme le ferait un photographe pour vérifier les contrastes devant le paysage convoité. medium_detaildentelliere.jpgUne délicate vibration lumineuse irrigue la toile dans ses moindres détails et fait chanter les couleurs. Des teintes complémentaires, judicieusement juxtaposées, se répondent entre elles et égayent l’œil : le bleu du coussin contre le jaune du corsage ; des fils blanc et rouge s’échappent du sac à couture et se déversent sur le tapis vert de la table. Les contours du visage et des mains du personnage sont peu marqués. Une impression de pas fini, peu courante dans la peinture de cette époque. Flou… Pareil que L’astronome ? Vu de très près (je comprends mieux maintenant les abeilles !), des gouttelettes de peinture essaiment les fils rouge et blanc ainsi que le col du corsage.

        La dentellière médite. Le temps s’est arrêté. Le silence…

        Cette peinture est lumineuse, limpide, d’une simplicité grandiose. La comparaison avec les toiles toutes proches des pauvres Ter Borch et De Hooch, pourtant les meilleurs du genre, est sans appel : celles-ci paraissent fades, sans éclat. 

        Je reste là, sans bouger, fasciné. Je ne perçois pas ce qui m’arrive. La jeune femme, qui est toujours présente, me regarde en souriant. Ma mine défaite semble l'amuser.

        -  C’est un choc, me dit-elle ! Cela fait toujours comme ça la première fois. Asseyez-vous, vous les verrez avec plus de recul.

        Je suis son conseil sans même m’en rendre compte. Groggy…

        A quelques mètres des deux Vermeer, je les regarde intensément. Ils me paraissent encore plus beaux à distance. Je n’ai jamais ressenti une telle émotion. J’ai la sensation qu’il ne s’agit plus de peinture. Je suis devant quelque chose d’autre, d’indéfinissable…

        - Monsieur, le musée ferme ses portes dans cinq minutes. Merci de bien vouloir vous diriger vers la sortie.

        Un homme en uniforme m’interpelle. Je le regarde hébété. Pourquoi ne me laisse-t-il pas tranquille ? Que peut-il comprendre à la peinture, ce type !

        J’essaye de reprendre mes esprits. La jeune femme est partie. Je regarde une dernière fois les deux petits tableaux. Je traverse la salle suivante d’un pas incertain, sans un regard pour les toiles accrochées, et emprunte inconsciemment l’escalator en direction du hall d’accueil.          

                                                                                                                 Alain

 

        Voilà l’histoire de cette journée. C’est une histoire vraie, je l’ai vécue…

        Depuis ce jour, je me suis documenté sur le peintre, l’ai étudié, l’ai rencontré à nouveau en Hollande et à Delft, sa ville natale. Des nombreux peintres que j’aime, il est devenu mon préféré et le restera longtemps.

        Je reparlerai de Vermeer. Pour le plaisir…  

 

        Photos extraites du catalogue du Cabinet Royal de Peintures Mauritshuis à La Haye - Exposition Vermeer 1996

- Johannes Vermeer : L’astronome 1668, huile sur toile 50 x 45 cm - Louvre, Paris

- Johannes Vermeer : La dentellière 1669-1670, huile sur toile 23,9 x 20,5 cm – Louvre, Paris