05 avril 2008

Deux autoportraits - Jean Siméon Chardin, 1771

 

Des bâtons de toutes les couleurs

 

 

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     François était un homme heureux. Il avait une femme adorable, des enfants qui le réjouissaient chaque jour, un travail prenant et une jolie maison encastrée dans un décor paysagé qu’il avait réalisé lui-même.

     Une passion l’habitait : la peinture. Elle était entrée dans sa vie un peu par hasard, peu d’années après son mariage avec Audrey. Celle-ci, un soir de Noël, lui avait offert un ensemble complet de tubes de peinture à l’huile ainsi que le matériel nécessaire à la pratique de cette activité.

     La carrière artistique de François commença ce jour là.

     Ses premières toiles étaient malhabiles mais il prenait un réel plaisir à triturer la pâte fraîche, mélanger les couleurs et les étaler savamment sur la toile. Dans les creux de son activité professionnelle, ses moments de loisirs étaient consacrés à sa passion. Des résultats intéressants vinrent rapidement, sans atteindre toutefois les sommets qu’il espérait.

     Dans le même temps, il visitait régulièrement les musées et expositions, achetait des livres sur l’art, s’informait. Il découvrait et appréciait avec bonheur les grands peintres qui avaient marqué l’abondante histoire de la peinture.

     La révélation lui vint le jour où il s’offrit quelques bâtons de pastel sec, pour voir. Il comprit instantanément que ce mode d’expression était le sien et son matériel de peinture à l’huile fut rapidement rejeté, sans remords, à l’étagère la plus haute de l’unique armoire installée dans la petite pièce qui lui servait d’atelier.

     Cette fois, il le savait, il allait faire de grandes choses !

     De suite, François sentit qu’il avait un rapport privilégié, presque sensuel, avec les petits bâtonnets cylindriques. Ils lui rappelaient les morceaux de craie dont se servaient les professeurs de son enfance pour couvrir le tableau noir de formules algébriques et complexes auxquelles il ne comprenait rien.

     Quelle facilité ! Terminés la longue préparation des couleurs huileuses, les mélanges sur la palette, les temps de séchage fastidieux et, surtout, l’ennuyeux nettoyage du matériel en fin de journée alors que l’on n’aspire qu’à la détente. Le pastel sec n’avait qu’un inconvénient : la poussière. Il la redoutait car elle s’infiltrait partout, lui obstruait les narines et le faisait pleurer. Un artiste doit savoir souffrir, pensait-il…

     Notre peintre du dimanche comprit rapidement que, les pastels ne se mélangeant pas entre eux, il était indispensable de posséder une grande quantité de bâtonnets de tonalités différentes. Ses premiers travaux étant, à ses yeux, plus qu’encourageants, il décida d’investir en achetant des boîtes de pastels de différentes marques. « C’est cher, mais un bon ouvrier ne peut travailler qu’avec de bons outils, disait-il souvent à sa femme, en lui envoyant des éternuements poussiéreux bruyants ! »

     Dans les boîtes, chaque couleur était présentée dans un dégradé subtil partant du ton le plus foncé au ton le plus clair. La peinture était devenue d’une grande simplicité pour François. Lorsqu’il souhaitait entreprendre un travail, il saisissait le bâtonnet approprié et l’appliquait directement sur le support cartonné « Pastel Card » qu’il utilisait de préférence pour son accroche exceptionnelle de la poudre de pastel. Il peignait dans la joie. Il pouvait arrêter à tout moment, refermer la boîte, se reposer ou redémarrer une nouvelle activité.

     Au début, il avait tenté le « portrait ». « C’est un genre noble, disait-il ». De piètres résultats sur les membres de sa famille : nez fourchus, mâchoires proéminentes, yeux mal plantés, le convainquirent que ce n’était pas son truc. Il avait donc concentré son travail sur le « paysage ». Depuis, dans le style plutôt impressionniste qu’il aimait, en s’inspirant de photos de vacances qu’il projetait sur grand écran, il se sentait parfaitement à l’aise.

     Il le pressentait. Il allait devenir un grand pastelliste, de ceux qui laissent un nom dans l’histoire de l’art.

     Progressivement, les murs de la maison, malgré l’avis défavorable d’Audrey, se tapissèrent de haut en bas de ses œuvres sous verres. Rien n’arrêtait la prolifération des toiles. Son home devenait une galerie d’art.

     La gloire venait… François, qui exposait maintenant, obtint un prix dans une manifestation communale et se vit même remettre par le député de la région une breloque dorée qui le conforta dans son opinion sur ses qualités artistiques.

 

     Notre homme avait une faille…

 188115017.gif538514096.jpg     Cela commença à se gâter lors d’une visite à Orsay. Les pastels de Manet, Renoir, Berthe Morisot, Degas, furent un vrai choc pour François. Les toiles étaient exposées dans une pièce faiblement éclairée. Le pastel, grâce à sa pureté, n’avait pas jauni, ni foncé avec le temps. La luminosité et le velouté des couleurs étaient intacts et rayonnaient sur les murs. Les danseuses de Degas voltigeaient comme aux plus beaux jours, animées par les traits fougueux du maître. C’était beau…

 

 

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     Le soir, il rentra chez lui la mine sombre. Il ne pourrait jamais atteindre le dixième du niveau de ces grands peintres, pensait-il ? Audrey le trouva fatigué et lui prépara un bon repas qu’il avala sans appétit.    

     Il décida de ne plus retourner à Orsay et oublia. Il s’offrit même le merveilleux coffret de pastels extra-fins Sennelier dont il rêvait depuis longtemps. Toute la collection. Une ruine financière pour son modeste budget. Depuis le temps qu’il clamait à la cantonade : « Il me faut des Sennelier ! » Il était persuadé qu’il lui fallait ça pour égaler les meilleurs.

     Son plaisir de peindre revint. Il reprit ses « paysages ». L’extrême luminosité, la tendresse de ses nouveaux bâtonnets faisaient merveille dans les estompages, les fondus. Leur grande onctuosité permettait un niveau d’accrochage élevé sur le support au moment des dernières touches, celles qui donnent l’éclat, la vivacité finale.

     François ne doutait plus de son talent. Il avait franchit un échelon. Il n’allait plus stagner au niveau régional. Il pouvait viser le national… et même, en travaillant, sans aucun doute l’international. Il bouda même l’expo annuelle de sa commune.

 

     François ne pressentait pas la catastrophe qui se préparait.

      - J’espère que cela va te plaire ! On s’est tous cotisés !

     Un jour d’anniversaire, sa fille Valérie lui avait envoyé ces mots joyeux en lui plantant dans les bras un paquet assez lourd qu’il s’empressa d’ouvrir. Il reconnut de suite l’auteur de ces reproductions encadrées sous-verre, grandeur nature, d’une qualité étonnante. Valérie commenta :

     - Ce sont des autoportraits peints par Chardin au 18e siècle. Des pastels. Tu aimes ?

    S’il aimait…

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     Audrey et Valérie s’empressèrent de les accrocher aussitôt côte à côte dans le couloir d’entrée de la maison, à hauteur d’homme pour que l’on puisse mieux les contempler.

     Le mal était fait…

     Chaque nouveau visiteur empruntait évidemment le couloir, passait devant les cadres et balançait des remarques admiratives du genre : « Superbes ces portraits ! Je les ai déjà vus quelque part, à Orsay ou au Louvre ? Cà, c’est de la peinture ! Mais... c’est Chardin, je ne savais pas qu’il avait fait des pastels ! Quel talent ce peintre !

     François connaissait bien ces deux tableaux. Il était passé souvent devant eux au Louvre. Il se renseigna. Le maître les avait réalisés sur la fin de sa vie. Le premier, peint en 1771, Autoportrait aux bésicles le représentait, le regard malicieux derrière ses bésicles. Dans le deuxième, Autoportrait au chevalet daté de 1779, il semblait amaigri, fatigué. Il mourut cette année là.

     Le doute s’insinua lentement dans le cerveau de François, surtout lorsqu’il commença à étudier, analyser la technique du peintre.

     Chardin, qui toute sa vie avait peint des scènes de genre et des natures mortes à l’huile, s’était mis au pastel tardivement sur les conseils de son ami l’immense pastelliste Quentin de la Tour. François remarqua sur les reproductions que les traits de couleurs étaient placés proches les uns des autres, sans se mêler. Une sorte de mosaïque. Avant Seurat et Signac, au 19e, Chardin utilisait déjà le principe du mélange optique des teintes. Sa touche hachurée accrochait la lumière et donnait, lorsque l’on prenait du recul, vie au personnage. François constata que l’artiste travaillait par couches successives en superposant les couleurs par petites touches qui donnaient des formes parfaites et non estompées. Parfois, le pastel était écrasé sur le papier laissant de longues traînées de couleurs.

 

  1553768264.jpg   Audrey ne reconnaissait plus son mari. Il ne peignait plus. Elle le voyait observer les portraits, l’air triste.

     Il semblait hypnotisé par l’autoportrait aux bésicles qui lui souriait constamment, goguenard. Les traits de craie sur les joues, le front, le foulard, semblaient encore tout frais, peints de la veille, alors que le tableau original avait plus de deux siècles. François surprenait une moquerie inexplicable dans le regard du vieil homme posé sur lui.

      La famille de François, ses amis, ne regardaient même plus ses nombreux paysages répartis un peu partout dans la maison. Pourtant, il venait d’accrocher, en bonne place dans le salon, le massif d’hortensias pourpres inspiré de leurs dernières vacances sur la côte d’azur. Les boules de fleurs éclaboussaient, énorme tâche de sang, les murs d’une maison provençale ocre clair. Au loin, derrière les fleurs, la mer vert émeraude nimbait la petite crique où ils s’étaient baignés. C’est Audrey qui avait prise la photo en lui disant : « Ce paysage sera ton chef-d’œuvre ».  

     Les hortensias n’intéressaient personne. Pas une remarque. Même pas un simple regard d’approbation. Seuls, les autoportraits de Chardin éveillaient l’attention.

 

     Un dimanche, François entra dans son atelier. Il se sentait nul, sans talent. Il ouvrit toutes les boîtes amoureusement disposées, prêtes à servir, et accrocha un Pastel Card sur le chevalet. « De quoi ai-je l’air avec mes petits tableautins du dimanche à côté de ce génie, pensa-t-il ? ». Il n’avait plus envie.

     Il s’approcha du beau coffret Sennelier, attrapa un bâtonnet couleur coquelicot et traça un trait sur le carton en appuyant fermement. Il ressentait l’excitation agréable qu’il connaissait bien, celle du pigment qui s’écrase comme du beurre étalé sur une tranche de pain. Quelle douceur !

     Les couleurs pures méticuleusement rangées dans la boîte dans un savant dégradé de pimpantes tonalités attendaient son bon vouloir.

     Sa vue se brouilla… A quoi bon ! Il avait compris. Il ne serait jamais un grand peintre.

     Il referma le coffret et s’enfuit.

                                                                                                                                                    Alain

 

     Les pastels ci-dessous sont voisins, au Louvre, de ceux dont il est question dans cette histoire. L’artiste les a peints à la même période de sa vie et ils sont tout aussi beaux. 

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     Louvre-passion a obligatoirement croisé ces peintures au hasard de ses promenades studieuses dans le grand musée. Comment ne pas les remarquer…

 

·        Edouard Manet : Portrait d’Irma Brunner 1880, pastel 53 x 44 cm – Paris, Musée d’Orsay

·        Edgar Degas : La sortie de bain 1898, pastel 70 x 70 cm – Paris, Musée d’Orsay

·        Edgar Degas : Danseuse sur scène 1877, pastel 60 x 44 cm – Paris, Musée d’Orsay

·        Edgar Degas : Danseuses en bleu 1898, pastel 92 x 103 cm – Paris, Musée d’Orsay

·        Edgar Degas : Danseuse assise 1883, pastel 62 x 49 cm – Paris, Musée d’Orsay

·        Jean Siméon Chardin : Autoportrait aux bésicles 1771, pastel 46 x 37 cm – Paris Musée du Louvre

·        Jean Siméon Chardin : Autoportrait au chevalet 1779, pastel 40 x 32 cm – Paris Musée du Louvre

·        Jean Siméon Chardin : Portrait de madame Chardin 1775, pastel 46 x 38 cm – Paris, Musée du Louvre

·        Jean Siméon Chardin : Autoportrait à l’abat-jour 1775, pastel 46 x 38 cm – Paris, Musée du Louvre

Photos : http://www.photo.rmn.fr/cf/htm/Home.aspx

 

 

30 mars 2008

Balade au Louvre

 

Une belle journée (samedi 22 mars 2008)

 

 

     La pyramide scintillait de toutes ses facettes lorsque nous fîmes connaissance. Louvre-passion avait préparé cette visite de blogueurs depuis plusieurs mois déjà et 9 personnes étaient réunies, un peu perdues au milieu de cette foule déjà nombreuse et pressée.

     Je donne le nom des blogs dans un ordre aléatoire : Louvre-passion ; Lunettes rouges ; L’opéra farfelu ; Détours des mondes ; Si l’art était conté ; De l’art à l’œuvre. Que des passionnés…

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     L’organisateur de notre expédition a affiché sur son blog une photo du groupe en laissant planer un mystère sur nos visages « dévoilés ». Dans les premiers commentaires qu’il a reçus, j’ai constaté que, évidemment, il était bien difficile de trouver qui était qui, d’autant que nous étions 9 personnes pour 6 blogs.

     Allez, en ce qui me concerne, je vous aide un peu !… Sur la photo, je porte des lunettes et je tiens un objet… Facile, vous avez déjà trouvé un blogueur !

 

     Il l’avait bien préparé sa visite, Louvre-passion ! Et il le connaît son Louvre ! Il nous a tout fait : couloirs tortueux, escaliers en colimaçon, galeries sans fin, chemins de traverse, salles immenses. Que du beau et du bon !

     Puisque, dans son blog, Louvre-passion a déjà conté l’essentiel de notre balade (ainsi que dans le blog De l’art à l’œuvre), je me contenterai de quelques coups de cœurs. Il y en a beaucoup, je vais donc me limiter à quelques-uns :

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     - En premier, le cours magistral de Lyliana de Détours des mondes, dans le Pavillon des sessions, l’antenne du musée des arts premiers du quai Branly. Pour un néophyte en arts premiers comme moi, j’eus, par moment, l’impression de connaître intimement ces statuettes, masques colorés, êtres grimaçants, tête en pierre de l’île de Pâques au regard lointain.

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     - Le sourire énigmatique de la Joconde étant inapprochable, je pus vérifier que le fameux « sfumato » de Léonard ne s’était pas dissipé sur le 2108279981.jpgvisage de son Saint Jean-Baptiste, plus accessible.

 

 

 

     - L’impressionnante reconstitution du monastère de Baouit de l’Egypte Copte, agrémentée des commentaires éclairés de Louvre-passion.

 

     - Le chapiteau monumental d’une colonne de la salle d’audiences du palais de Darius 1er. Il suffit de voir les gens sur la photo pour se 99349501.jpgrendre compte de ce que devait être ce lieu à l’origine qui comportait 36 colonnes comme celle-ci…

 

 

 

948689485.jpg     - La statue humaine la plus ancienne du musée (7000 ans avant J.C.), étrange personnage en plâtre au nez pointu, au corps sans hanches, ressemblant aux pâtes à modeler que l’on faisait étant enfant.

 

 

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     - La Vénus de Milo toujours aussi séduisante, même sans bras.

 

 

     - La Pietà de Villeneuve lès Avignon par Enguerrand Quarton, peintre provençal du milieu du 15e siècle. Voir le blog de Au fil de l’art qui en fait une formidable analyse.

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     - Le Saint Joseph charpentier de Georges de la Tour, dont le clair-obscur animé par la lueur dansante d’une bougie traversant la main d’un enfant me ravit à chaque visite.

 

 

 

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Une petite halte :

 

 

 

     C’est toujours le même problème au Louvre. On voudrait tout voir et, finalement, l’on ne voit que peu de choses. Il n’y a que des chefs-d’œuvre et l’on passe souvent au pas de course devant des toiles ou objets qui doivent s’interroger sur les raisons d’une telle indifférence pressée.

     Un seul regret… Etant dans l’aile Richelieu, nous n’avons pas eu le temps de pousser jusqu’au Siècle d’or des peintres hollandais du 17e et revoir une nouvelle fois les deux seuls Vermeer que la France possède. Enfin… je les connais si bien.

     Nous faillîmes perdre quelques blogueurs. Heureusement, on les retrouva sain et sauf. Mais ils auraient pu disparaître à tout jamais dans ce Louvre immense. Les gardiens du musée les auraient peut-être vu errer le soir, tel Belphégor, dans de sombres couloirs.

     Un petit restaurant sympa, face au musée, nous permit de retrouver le calme, de reprendre des forces et de faire mieux connaissance. L’on put parler autrement que virtuellement devant un ordinateur et ce fut très agréable. La Dragonne de L'opéra farfelu, ma voisine de table, fut à l'image de son blog : inattendue et drôle.

          
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     Nous nous séparâmes en milieu d’après-midi. 

     Incité par un soleil discret et un état de fraîcheur inattendu, devinez ce que je fis ensuite ?... Je suis retourné au Louvre voir l’expo « Babylone » qui venait de commencer.

     En rentrant le soir, fatigué, je ne pus que dire à ma femme en franchissant le seuil de la porte : « Ce fut une belle journée ! ».

 

                                                                                                                                                          Alain

 

Photos: Louvre-passion et Alain

                                                           

 

 

 

02 novembre 2007

La liberté guidant le peuple - Eugène Delacroix, 1831

 

 

     Je dédie ce récit à Louvre-passion qui nous permet, chaque semaine, de faire mieux connaissance avec le plus beau musée du monde : le Louvre. Il m’a demandé d’écrire une histoire sur un tableau exposé dans le musée. J’ai choisi « La liberté guidant le peuple » d'Eugène Delacroix que je considère comme une œuvre majeure dans la carrière de ce grand artiste français.

     Cette histoire étant publiée simultanément sur nos deux blogs, Louvre-passion a rédigé la courte présentation de l’œuvre ci-dessous :

       « C'est par une chaleur étouffante que les 27,28 et 29 juillet 1830 le peuple de Paris se soulève contre le régime du roi Charles X.

       Delacroix, qui est déjà un peintre célèbre, a assisté à l'évènement. Il a ressenti l'aspiration du peuple à plus de liberté politique et sociale. Partisan des idéaux de la Révolution Française il veut peindre un sujet contemporain et célébrer le retour du drapeau tricolore.

       En octobre 1830 il écrit à son frère "J'ai entrepris un sujet moderne, une barricade et si je n'ai pas vaincu pour la patrie, au moins peindrais-je pour elle. Cela m'a remis en belle humeur".

       Aujourd'hui ce tableau est célèbre au point d'être devenu une "icône" et un symbole républicain. Mais quand il fut exposé pour la première fois en 1831 il reçut un accueil plutôt froid de la part des critiques qui le jugèrent de mauvais goût. Le fait que la liberté soit représentée par une femme aux seins nus et les aspects réalistes (les cadavres, la saleté des combats) choquèrent une partie du public. L'oeuvre fut achetée par l'Etat pour être exposée au musée royal, mais très vite le tableau fut considéré comme subversif et en 1839 Delacroix dut le reprendre. Ce n'est qu'en 1874 que "La liberté guidant le peuple" en entrant au Louvre fut définitivement exposée au public. »

 

 

Une odeur de poudre

 

 

79baa4093ac2dc8b84731f1b8d050abe.jpg     - Tu es un prétentieux Eugène ! J’admets que tu es un grand peintre. De là à te représenter au premier plan un fusil à la main montant à l’assaut de cette barricade…

     - Je n’avais pas de modèle sous la main. Et puis je me sens bien dans la peau de ce bourgeois fier et déterminé… Ne suis-je pas un enfant de la bourgeoisie ?

     Le baron Louis-Auguste Schwiter s’avança vers la toile.

     Eugène Delacroix sourit en regardant l’étrange allure de son ami. Perché sur des jambes de héron, celui-ci se dandine plus qu’il ne marche. Grand et mince, il personnifie par sa mise élégante et son côté exquis le vrai gentleman anglais. Un dandy… Eugène l’apprécie. Il l’a déjà peint en pied campé dans une pose caricaturale, costume sombre, les mains moulées dans des gants de vachette. La toile fut rejetée au Salon de 1827.

     - La redingote, le haut-de-forme, la cravate soigneusement nouée… Et ce teint pâle, ces cheveux noirs, un regard de feu… Superbe ! Tu as de la chance Eugène, tu es beau naturellement ! Une tête de prince, m’a dit récemment un ami en parlant de toi.

     Delacroix éclata de rire.

      Depuis qu’ils se connaissaient, Louis-Auguste enviait la finesse des traits d’Eugène. Il attirait les femmes comme des mouches dans les soirées mondaines.

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     Le jeune aristocrate observa le tableau et lança sarcastique :

     - Vous, les artistes romantiques, cherchez à vous approprier ces Trois Glorieuses qui ont vu la mort de centaines d’hommes l’année dernière. Combien étiez-vous de romantiques sur les barricades ? Il n’y avait que des pauvres gens encadrés par de rares bourgeois comme celui que tu as peint… Même Victor Hugo est resté chez lui prétextant que sa femme accouchait !

     Eugène le fixa sévèrement.

     - Et toi où étais-tu ? Comme les autres !…

     Son esprit chercha les mots justes.

     - Je sais, Louis… les jeunes romantiques s’enflamment, s’exaltent. Leur enfance a été bercée par les récits d’héroïsme et de grandeur de l’Empire… Un de mes frères est tombé à Friedland… Ils rêvent de liberté mais n’ont pas le courage de se battre en vrai. Leur combat est culturel avant tout. C’est pour cela que j’ai peint ce tableau, mon ami !

     Louis-Auguste effleura d’un doigt léger le beau profil du peintre sur la toile. Il se retourna vers lui, excité.

     -  Hugo a livré sa bataille à la première théâtrale d’Hernani l’année dernière. Tu t’en souviens ? Quel combat ! Je me suis colleté avec des classiques à coups de poing et de bâton. C’était sanglant !

     Les deux amis s’assirent face au tableau.

     - Je l’envoie au Salon la semaine prochaine, dit Eugène en se versant du vin de Loire. Beaucoup d’artistes ont choisi ces trois jours de combat comme thème d’inspiration. Le nouveau roi sera là. Louis-Philippe tente d’apaiser les esprits révolutionnaires. Ils aide les veuves et les orphelins et distribue des médailles aux combattants des barricades.

     Louis-Auguste lança :

     - Forcément, il doit son trône à la révolution ! Le gardera-t-il longtemps ? Il se définit comme un « roi citoyen ». J’en doute…

     Un silence s’installa. Le tableau, immense, les impressionnait.

     Tous ces jeunes hommes, pensa Delacroix en examinant son tableau ?

 

     Les émeutiers avancent dans la lueur du soleil couchant en chantant la Marseillaise. La fumée des canons les enveloppe. Ils enjambent les soldats morts. L’un d’entre eux, allongé, la bouche ouverte, a été dépouillé de son pantalon, de ses chaussettes et chaussures. Un gamin…

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     Le drapeau français bleu, blanc, rouge domine la mêlée. Une forte femme la poitrine dénudée, pieds nus, conduit le peuple. Elle brandit cet ancien drapeau tricolore que la royauté avait remplacé par le blanc royal à la Restauration. Depuis 1789, cette femme coiffée d’un bonnet rouge symbolise la liberté. A ses côtés, un enfant déluré maniant deux pistolets s’élance d’un pas décidé. Des ouvriers, des travailleurs avancent le regard dur.

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     La revendication principale des parisiens a été la sauvegarde de la liberté de la presse. Les imprimeurs en colère ont 5bf631b9042ff6a72aa2835fb4242104.jpgjeté les premières pierres et des milliers d’ouvriers typographes sont descendus dans la rue le 27 juillet 1830. Est-ce l’un d’entre eux cet homme en bretelles placé derrière le bourgeois ? Il lève un sabre et a glissé un pistolet dans son écharpe aux couleurs de la révolution. Des ouvriers de tous métiers se sont joints à eux ne supportant plus la pauvreté et la faim. Quand les premiers coups de feu claquent, ils ne réfléchissent pas longtemps. Il faut se battre. « A bas les tyrans ! ».

     Les hommes se sont procurés des armes ou les ont prises sur des cadavres. Le 28 juillet, 5000 barricades sont dressées dans Paris. Elles sont confectionnées de barriques, de troncs d’arbres, de tables, tout ce que l’on peut trouver dans la rue. La population est au côté des insurgés. On leur offre à boire et des munitions. Des pavés sont jetés des fenêtres sur les soldats du roi.

     Le 29 juillet, les révolutionnaires occupent tous les points stratégiques. La troupe n’est plus en mesure de réprimer le soulèvement et doit quitter la ville. Bientôt, le drapeau tricolore sera hissé sur les tours de Notre-Dame au son du tocsin.

 

     Louis-Auguste s’exclama :

     - Beau travail Eugène ! L’énergie farouche de cette Liberté aux seins nus agitant le drapeau pour entraîner ces hommes va en offusquer certains au Salon ! Je ne peux m’empêcher de penser à Géricault et son Radeau de la Méduse. L’homme, à la pointe du radeau, qui faisait des grands signes avec sa chemise à un bateau dans le lointain. C’est la même force évocatrice…

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     - J’ai souvent pensé à Géricault en peignant, dit Eugène, pensif. Il travailla comme un forcené pendant 18 mois pour peindre son Radeau. La toile était si grande que personne ne fit attention à elle au Salon. Elle était trop grande, puis elle dérangeait… Il est mort trop tôt. Il aurait été le meilleur de nous tous.

     Delacroix se recueillit un instant sur la pensée de son ami.

     - Il m’avait demandé de poser comme modèle pour un des naufragés du Radeau au centre de la toile. La première fois que j’ai vu le tableau dans son atelier, je me suis sauvé le cœur battant en courant dans la rue. C’était un génie…

     Le jeune baron se leva brusquement et se mit à marcher dans la grande pièce. Quelque chose le chagrinait. Il avançait les mains dans le dos, son buste frêle courbé en avant. Parfois, il se redressait, regardait la toile furtivement et repartait soucieux. Il s’approcha d’Eugène et lui envoya une bourrade amicale.

     - Trinquons au romantisme, Eugène !

     Il avala son verre d’un trait. Un éclair sombre passa sans ses yeux.

     - Pauvre gens, dit-il d’un coup ! Savent-ils qu’ils se battent et souffrent pour rien. Ils ont renversé Charles X pour le remplacer par son cousin Louis-Philippe. La belle affaire… Que vont devenir leurs rêves de réformes, de progrès, d’égalité. L’autorité et l’ordre revenus, ils récolteront quelques médailles et leur vie misérable reprendra comme avant.

     Louis-Auguste tourna son regard vers le gamin aux pistolets.

8412976f9df175cab258f4cf711e0629.jpg     - Ce jeune garçon à côté de la femme au drapeau… Tu as mis de la fougue, du plaisir, de l’envie dans son œil. Son père qui s’est battu dans la Grande Armée lui a conté ses exploits. Il s’enivre à son tour de l’odeur de la poudre. Il n’a pas peur. Peut-il se douter qu’il va mourir dans peu de temps ?

     Eugène se taisait attristé par la mélancolie que son tableau inspirait à Louis. Celui-ci hésita à se resservir un verre de vin. Il finit par dire, fataliste :

     - Eugène, une nouvelle fois, comme souvent dans notre histoire, c’est le petit peuple qui se bat mais c’est toujours les puissants qui gagnent !

     Delacroix vint vers son ami et le prit par les épaules.

     - Tu as raison Louis-Auguste. Mais ils espèrent…

 

                                                                                                                                 Alain

 

Delacroix a retrouvé son ami Géricault au Louvre où leurs deux toiles sont exposées côte à côte dans l’aile Denon, Salle Mollien – Romantisme.

-                  Eugène Delacroix : La liberté guidant le peuple 1831, 260 x 325 cm

-                  Théodore Géricault : Le Radeau de la Méduse 1819, 491 x 716 cm

photos : http://www.artchive.com/

14 mars 2007

La fascination Vermeer

 

 Deux petits tableaux

 

        Pouvais-je savoir, ce jour là, que cette visite au Louvre allait devenir un des moments importants de ma vie d’amateur d’art ?

 

        Quelle chance nous avons de posséder ce « grand Louvre » où des millions de visiteurs se pressent chaque année ! Je m’y rends le plus souvent possible. Cette fois, j’avais décidé de revoir la peinture hollandaise du 17e siècle, période dénommée, à juste titre de par sa richesse, siècle d’or hollandais. Que des grands peintres ! : Rembrandt et ses clairs-obscurs, les portraits de Frans Hals, les paysages de Van Goyen ou Van Ruysdael, Jan Steen et son humour corrosif, les scènes de genre de Pieter de Hooch. Je me faisais un plaisir de les rencontrer à nouveau...

 

        Ouf, ma journée en Hollande se termine ! Au passage, j'ai revu les peintres des Ecoles du Nord. Brrr... Diabolique cette Nef des fous de Jérôme Bosch ?... Rubens ? Ses blondes et plantureuses jeunes filles flamandes sont à croquer...

        Je marche depuis un bon moment et la lassitude s’installe. Pourtant, je sais, par expérience, qu’il ne faut pas rester trop longtemps dans un musée car la vue se brouille et l’on finit par passer impassible devant des chefs-d’œuvre qui ne comprennent pas les raisons d’une telle indifférence.

        Les salles se vident. J'ai fait le plein de peinture hollandaise. Ces tableaux m'enchantent. Ils sont le reflet du peuple hollandais avec leurs maisons coquettes, leurs intérieurs bien entretenus, des paysages de champs fertiles parcourus de canaux, la mer du nord pour horizon.

        Fatigué, je m’apprête à quitter la Hollande lorsque j’aperçois un groupe de personnes scotché contre le mur de la dernière salle. Des abeilles ? On croirait des abeilles à l’entrée d’une ruche ! Mais que peuvent-elles bien regarder puisqu’il n’y a rien sur ce mur ? Erreur… je m’aperçois qu’elles sont tous simplement agglutinées devant une toute petite toile. Je m’approche d’une jeune femme placée derrière les abeilles. Elle tente péniblement de deviner la chose encadrée.

        - Que se passe-t-il ? Impossible d’approcher ! Il faut prendre un ticket, dis-je rigolard ?

        - C’est la plus petite toile de cette salle et personne ne veut bouger, me répond la jeune femme essoufflée. A chaque fois que je viens c’est pareil ! Pas étonnant, c’est La dentellière !

        La dentellière ?... Mais oui, j’y suis, La dentellière de Vermeer ! J’avais complètement oublié Vermeer que je connaissais mal, ce peintre intimiste hollandais tombé longtemps dans l’oubli et redécouvert au 19e siècle par un français. Sa personne restait énigmatique car l’on savait peu de chose sur sa vie. Peu de tableaux avaient été retrouvés. Une aura mystérieuse entourait son nom : Vermeer…

        - En attendant votre tour, profitez-en pour aller voir L’astronome. C’est l’autre toile de Vermeer qui est sur le côté droit de l’ouverture, en pendant de la première. Ce sont d’ailleurs les deux seuls Vermeer que la France possède, il y en a tellement peu dans le monde… Vous ne serez pas déçu, me dit gentiment la jeune femme.

        - Il y a donc deux tableaux de Vermeer au Louvre ? J’ai dû les manquer à ma précédente visite !

        - Forcément, ils sont minuscules et ils sont toujours cachés par les nombreux visiteurs qui se pressent devant, me souffle-t-elle en essayant frénétiquement de se frayer un passage vers la Dentellière.

        L’astronome, lui, est solitaire. Je me demande bien pourquoi ils sont tous devant la Dentellière ? Cette toile apparaît légèrement plus grande. Pas besoin de se coller dessus ! Etant seul, je prends le temps de l’examiner. Je n’ai encore jamais vu de près une œuvre de Vermeer.

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        Ma première impression est déconcertante : une émotion inhabituelle devant quelque chose de nouveau, d’inconnu… Pourtant la scène n’a rien d’originale : un savant, assis dans son cabinet de travail, pose la main sur un globe céleste. Devant lui, une table sur laquelle repose des objets. Une tenture ferme l’angle gauche de la pièce et recouvre la table. L’attention de l’astronome est concentrée sur le globe céleste face à la fenêtre, seule source de lumière apparente.

        Cette représentation, sans intérêt notoire, s’apparente à toutes celles exposées dans cette salle. Comme chez la plupart des peintres intimistes hollandais, l’activité quotidienne est représentée. Pourtant, chez Vermeer, la vision de l’intimité est différente… Pourquoi ?

        La clarté de la fenêtre distille des dégradés subtils d’ombres et de lumière sur le globe céleste, dans les plis du tapis jaune et bleu, sur le savant et le mur derrière lui. L’éclairage légèrement rosé sur la face et les mains du savant offre un doux contraste avec le vert de son habit. En m’approchant, je distingue des petites touches claires qui font vibrer les ombres bleutés du tapis ainsi que les ocres du globe céleste. Le modelé du personnage semble flou, dilué… Un merveilleux équilibre se dégage de cette œuvre. Une mélodie colorée rythmée par la lumière.

        Je suis tellement sous le charme que je ne me suis même pas aperçu du départ des abeilles. Seule la jeune femme est restée en contemplation devant l’œuvre. Sans m’occuper d’elle, je quitte L’astronome et m’approche du minuscule portrait. Comment est-il possible de peindre aussi petit ? 

  

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        A distance, la première impression est une harmonie en bleu et jaune. La dentellière est penchée, attentive sur son ouvrage. Cette fois, la lumière vient de la droite. Ma sensation est la même que face à l’astronome. Une douce clarté irradie la scène. Il ne s’agit pas d’un clair-obscur à la Rembrandt où les ombres sont réservées à l’arrière-plan ; ici, de fines nuances colorées dispersent les sombres et les clairs sur l’ensemble du motif.

      Je cligne légèrement les yeux, comme le ferait un photographe pour vérifier les contrastes devant le paysage convoité. medium_detaildentelliere.jpgUne délicate vibration lumineuse irrigue la toile dans ses moindres détails et fait chanter les couleurs. Des teintes complémentaires, judicieusement juxtaposées, se répondent entre elles et égayent l’œil : le bleu du coussin contre le jaune du corsage ; des fils blanc et rouge s’échappent du sac à couture et se déversent sur le tapis vert de la table. Les contours du visage et des mains du personnage sont peu marqués. Une impression de pas fini, peu courante dans la peinture de cette époque. Flou… Pareil que L’astronome ? Vu de très près (je comprends mieux maintenant les abeilles !), des gouttelettes de peinture essaiment les fils rouge et blanc ainsi que le col du corsage.

        La dentellière médite. Le temps s’est arrêté. Le silence…

        Cette peinture est lumineuse, limpide, d’une simplicité grandiose. La comparaison avec les toiles toutes proches des pauvres Ter Borch et De Hooch, pourtant les meilleurs du genre, est sans appel : celles-ci paraissent fades, sans éclat. 

        Je reste là, sans bouger, fasciné. Je ne perçois pas ce qui m’arrive. La jeune femme, qui est toujours présente, me regarde en souriant. Ma mine défaite semble l'amuser.

        -  C’est un choc, me dit-elle ! Cela fait toujours comme ça la première fois. Asseyez-vous, vous les verrez avec plus de recul.

        Je suis son conseil sans même m’en rendre compte. Groggy…

        A quelques mètres des deux Vermeer, je les regarde intensément. Ils me paraissent encore plus beaux à distance. Je n’ai jamais ressenti une telle émotion. J’ai la sensation qu’il ne s’agit plus de peinture. Je suis devant quelque chose d’autre, d’indéfinissable…

        - Monsieur, le musée ferme ses portes dans cinq minutes. Merci de bien vouloir vous diriger vers la sortie.

        Un homme en uniforme m’interpelle. Je le regarde hébété. Pourquoi ne me laisse-t-il pas tranquille ? Que peut-il comprendre à la peinture, ce type !

        J’essaye de reprendre mes esprits. La jeune femme est partie. Je regarde une dernière fois les deux petits tableaux. Je traverse la salle suivante d’un pas incertain, sans un regard pour les toiles accrochées, et emprunte inconsciemment l’escalator en direction du hall d’accueil.  

        

                                                                                                                 Alain

 

        Voilà l’histoire de cette journée. C’est une histoire vraie, je l’ai vécue…

        Depuis ce jour, je me suis documenté sur le peintre, l’ai étudié, l’ai rencontré à nouveau en Hollande et à Delft, sa ville natale. Des nombreux peintres que j’aime, il est devenu mon préféré et le restera longtemps.

        Je reparlerai de Vermeer. Pour le plaisir…  

 

        - Johannes Vermeer : L’astronome 1668, huile sur toile 50 x 45 cm - Louvre, Paris

        - Johannes Vermeer : La dentellière 1669-1670, huile sur toile 23,9 x 20,5 cm – Louvre, Paris