08 février 2008
Vermeer. L'expo... 4/4
Une perle brille dans l'ombre
Jeudi 16 mai 1996
Mon tête-à-tête avec La dentellière avait dû s’éterniser car Flo, debout, appuyée contre un mur, commençait sérieusement à s’impatienter. Et je savais, par expérience, qu’elle n’aimait pas attendre. Encore troublé par la vision de la jeune femme que je venais de quitter, je la distinguais mal.
Le visage de Flo, estompé, perçait une brume dorée, irréelle, enflammant le mur vert derrière elle… Des bouffées d’optimisme me submergeaient. Une sorte de jouissance paisible, un de ces instants de bonheur fugitif que l’on ressent parfois sans trop savoir pourquoi.
Agacée par ma mine éthérée, elle agrippe fermement ma main et s’engouffre à grandes enjambées dans le couloir libéré au centre de la pièce. La vision du jean délavé du binoclard me sort quelque peu de mon agréable torpeur.
Fini les propos bruyants et les regards désapprobateurs devant La Laitière, au début de l'expo. Je le vois de profil, très sérieux. Il s’est fondu dans l’anonymat des autres visiteurs et examine de près une toile qui semble le combler. Je m’approche intéressé. Il a retenu ma leçon car il a le nez carrément sur le verre qui protège La jeune fille au chapeau rouge. Il va avoir des ennuis avec la surveillance de l’expo, pensai-je ?
Je m’adressai à Flo :
- Je vais essayer de m’approcher de mon ami français. Il a mordu à l’hameçon. Je t’avais bien dit que Vermeer finirait par l’emporter ! Pendant ce temps, va voir La lettre d’amour sur la droite, à côté de la fenêtre, il y a moins de monde et le tableau est plus grand. Il va t’étonner. Il est conçu comme une pièce de théâtre que l’on regarde des coulisses. Je viendrai te rejoindre.
Pendant que Flo docile se dirige mollement vers La lettre d’amour, je m’installe incognito à côté du binoclard. Les autres membres de son groupe manifestent leur lassitude. Mais pas lui. Il a même décroché son bras du cou de sa compagne pour être plus à l’aise dans sa réflexion contemplative.

- Vous avez senti l’importance de cette toile, lui dis-je un brin moqueur ? Dire qu’elle a failli ne pas être attribuée à Vermeer ! Difficile de ne pas reconnaître la patte de l’artiste… Tout le talent du peintre est condensé dans ce petit portrait.
L’homme était décomposé.
- Vous aviez raison tout à l’heure, balbutia-t-il le regard accroché sur la jeune fille. Cet homme est un diable qui nous enserre dans ses griffes et ne nous lâche plus. Non seulement, comme vous le disiez, c’est bien un vrai « impressionniste », mais il est meilleur qu’eux…
Inconsciemment, il saisit mon bras.
- Tout est admirablement peint : ce saisissant contraste de rouge vif et de bleu froid… les reflets subtils renvoyés par l’étrange chapeau à plumes rouge orangé sur les joues… l’empâtement blanc pur brossé vigoureusement sous le menton pour animer le visage… tous ces rehauts clairs comme des gouttes de rosée, sur la robe, le chapeau, le visage et la tête de lion tout en bas… Vermeer est un magicien !
Ce type remontait dans mon estime. La fascination s’était installée. Il va avoir du mal à s’en débarrasser, pensai-je, heureux pour lui.
- Je n’ai plus rien à vous apprendre, dis-je satisfait. Vous êtes entré dans son monde de lumière. Sûr que cette exposition restera gravée dans votre mémoire ! Si vous n’avez pas vu La dentellière, hâtez-vous d’y aller. C’est du même tonneau ! Avant de sortir, ne manquez surtout pas la lumineuse Jeune fille à la perle appelée la « Joconde du Nord ». C’est le clou de l’expo !
Flo ne semblait pas très emballée par l’originale scène intimiste de La lettre d’amour. La fatigue déjà ? C’était la fin de l’expo et sa concentration retombait.
Son regard clair me fixait, peu convaincu.

- Imagine-toi que tu es au théâtre. Une porte entrouverte dans un sombre réduit à balais débouche sur une pièce éclairée occupée par deux jeunes femmes. Tu es cachée dans la pénombre du réduit et tu observes. Une sorte de voyeuse… Pour une fois, c’est à une scène amusante à laquelle l’artiste nous convie. La maîtresse, portant une robe jaune bordée d’hermine est tranquillement assise en train de jouer d’un instrument de musique lorsque sa servante lui apporte une lettre. Est-ce un message de rupture de son amant ? Son visage inquiet interroge la servante. Celle-ci, joviale, a un sourire confiant et, curieuse, a décidé de laisser en plan son travail jusqu’à l’ouverture de la lettre… Epatant ce face à face psychologique entre ces deux femmes, ne trouves-tu pas ?
L’aspect définitivement éteint, au bord de la défaillance, de Flo acheva de me convaincre de la faiblesse actuelle de son niveau de réceptivité. Je la soutins fermement et décidai de faire l’impasse sur les tableaux de la dernière période du peintre après les années 1670.
Nous nous dirigeâmes tout droit vers La jeune fille à la perle qui concentrait toutes les attentions.
La jeune fille sur papier glacé que j’examinais chez moi avant de partir était devant moi grandeur nature, chaleureuse, souriante, dans l’éclat de sa jeunesse insolente.

Je n’ai jamais vu une peinture d’une telle beauté. Même si l’exposition n’avait présenté que ce seul tableau, je me serais déplacé ! Vermeer a tout donné dans ce portrait. Il est au top de son art. Le visage lumineux aux contours indécis de la jeune femme rayonne littéralement sur ce fond sombre. Le turban exotique bleu enserrant sa tête lui donne un aspect intemporel, mystérieux… Ce regard ? Quelque chose d’indéfinissable s’en dégage…
J’avais le sentiment que tous ceux qui assistaient à ce spectacle étaient dans le même état d’esprit que moi. L’enchantement ressenti devant les toiles précédentes n’était plus le même. Cette fois, les gens étaient comme chloroformés, anesthésiés, les yeux rivés sur cette vision étrange. J’apercevais mon compatriote français, pétrifié, le regard dans le vide. Même Flo retrouva, un instant, ses forces abandonnées.
Que dire devant un tel spectacle ? Les mots ne sont pas à la hauteur de ce que l’on ressent. Même si l’on ne s’intéresse pas à la peinture, l’on devient captif des yeux translucides de la jeune fille. Le pire des monstres est obligé de tomber sous le charme s’il lui reste un minimum de sensibilité. Dans le cas contraire, il est irrécupérable.
Nous restâmes un long moment immobiles.
Flo me jeta un regard de détresse.
Je m’éloignai à regret. C’était peut-être la dernière fois que je la voyais ? A distance, je me retournai : les reflets blancs des ses prunelles et de la perle accrochée à son oreille continuaient d’irradier dans la pénombre…
A la sortie, les visiteurs sont plus diserts. Des exclamations explosent de tous côtés. Je commence seulement à ressentir la fatigue.
Je montre à Flo une opulente banquette ronde installée au milieu du grand hall de l’étage. Harassée, elle s’écrase la tête en arrière en fermant les yeux.
Je tente de remettre de l’ordre dans mes pensées agitées. L’émotion est vive. Je n’ai jamais ressenti cela à la sortie d’une expo. J’ai la sensation que Vermeer fait partie de mon être intime, de ma famille très proche. Toutes ses œuvres m’appartiennent également… La jeune fille à la perle, je l’aurais peinte comme lui… pareil… avec le même sourire fragile et cette pointe de séduction innocente dans le regard.
Je baigne dans un océan de tendresse dont les vagues m’emportent loin, très loin, vers un lieu inaccessible…
Une lourde claque sur la cuisse me fit sursauter.
- On y va, me dit Flo brutalement, bizarrement remise de son état semi comateux !
Je me levai et pris la direction de l’escalier en pestant intérieurement contre le manque de sens poétique de cette femme.
Alain
Fin… Après ces quatre épisodes consacrés à Vermeer, vous aurez certainement compris que j’aime tout particulièrement ce peintre. Un rapport quasi filial…
Il y a tellement à dire sur chaque toile que j’aurais pu faire beaucoup plus long. Je plaisante… Néanmoins, vous avez eu droit à un survol rapide d’une grande partie de l’œuvre de l’artiste.
Ai-je réussi à vous faire partager la passion que j’éprouve pour Vermeer ? Si un peintre développe en vous un tel sentiment, faîtes-moi le connaître.
A l’occasion de cette exposition qui eut lieu en 1996, les 3 tableaux appartenant au Mauritshuis furent restaurés et la merveilleuse Jeune fille à la perle retrouva sa pureté originelle.
Johannes Vermeer
· La jeune fille au chapeau rouge, 1665, huile sur panneau en bois 22 x 18 cm – washington, National Gallery of Art
· La lettre d’amour, 1669, huile sur toile 44 x 38 cm – Amsterdam, Rijksmuseum
· La jeune fille à la perle, 1665, huile sur toile 44 x 39 cm – La Haye, Cabinet Royal de peinture Mauritshuis
Photos: http://www.wga.hu/index1.html
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02 janvier 2008
Vermeer. L'expo... 2/4
Aux lecteurs de passage ou à ceux qui s’égarent sur ce blog, je souhaite une excellente année 2008
Une servante célèbre
Jeudi 16 mai 1996.
Il faut se décider à quitter la Vue de Delft. Les touristes basanés, qui n’ont toujours pas digéré de s’être laissés surprendre, n’attendent que çà pour prendre notre place. Je fais un signe à une Flo extatique qui est maintenant complètement imprégnée par le tableau et n’arrive plus à s’en détacher. Nous partons le plus discrètement possible. La foule se referme derrière nous.
Je fais le point avant de continuer la visite :
- On va attaquer la période que je préfère. C’est la plus connue du peintre, les tableaux de genre, intimistes, à partir des années 1660. Accroche-toi, fascination garantie ! Ah ! Auparavant, en 1658, Vermeer a peint un chef-d’œuvre universellement apprécié : La laitière… Tu connais ? On ne voit qu’elle à la télé et dans les magazines ! Les pots de yaourts…
Flo m’écoute distraitement. Ses pensées sont toujours à Delft.
La célébrité de La laitière n’est pas usurpée. L’accès à la toile s’annonce une nouvelle fois périlleux.
Cette fois, pressée de faire connaissance avec la servante la plus célèbre au monde, Flo a décidé de jouer des coudes en solo. Elle me jette un clin d’œil effronté et profite de son extrême minceur pour se faufiler dans un espace étroit qui s’est libéré entre deux femmes attentives. Elle s’installe paisiblement face à la toile.
Resté à l’arrière, j’étais bien obligé d’admettre que mon manque de taille, comme pour Flo, allait m’être préjudiciable pour une visite confortable de l’exposition. Je ne pouvais refaire le coup de la Vue de Delft à chaque fois. J’attendis qu’une place se libère.
Flo avait largement profité de La laitière lorsque j’arrivai enfin auprès d’elle.

- C’est vraiment un chef-d’œuvre, dis-je pensif… Tu es devant la peinture de l’artiste où ses couleurs préférées, le bleu et le jaune citron, sont les plus éclatantes. Serrées l’une contre l’autre, ces deux couleurs complémentaires se répondent…
Savait-elle ce qu’étaient les couleurs complémentaires, pensai-je ?
- Tu sais que c’est excessivement rare dans la peinture hollandaise qu’une servante soit représentée comme motif unique d’un tableau. Par des jeux de lumière en clair-obscur, Vermeer lui donne une force, une présence étonnante. L’on ressent la tendresse que l’artiste éprouve pour cette robuste femme… Il l’embellit.
Placés juste à côté de Flo, les touristes français que je ne voyais plus depuis un bon moment, examinaient la servante. Le plus proche de Flo, un grand brun binoclard, pas épais, les cheveux en brosse, flottant dans son jean délavé, parlait à sa voisine une jolie blonde qui devait être sa compagne. Son timbre de voix était suffisamment fort pour que je l’entende : « On nous avait bien parlé d’un précurseur de l’impressionnisme avant de venir ici ! Est-ce que tu vois de l’impressionnisme dans cette peinture dans la plus pure tradition hollandaise de cette période ?… Que voit-on ? : une servante dans l’intimité de son travail quotidien, de jolies couleurs c’est vrai, une lumière savamment répartie mettant en valeur le personnage. C’est tout ! Une belle peinture classique. Rien de plus que les excellents peintres hollandais du 17e ! ».
Il regardait sa compagne, plutôt satisfait de son appréciation, en connaisseur des choses de l’art. Mon sang ne fit qu’un tour. Critiquer Vermeer, ce « maître de la lumière », devant moi. J’étais obligé de réagir. Discrètement, j’intervertis ma place avec celle de Flo afin de me placer à côté du personnage qui s’en aperçut et cessa de parler.
- Excusez-moi de vous interrompre, l’apostrophai-je poliment mais fermement, j’ai entendu votre remarque… Vous faites erreur, monsieur, Vermeer fut bien le premier peintre impressionniste !… Vous paraissez en douter ?
L’homme ne me regardait pas, inquiet.
- Approchez-vous de la toile… Encore plus près… Maintenant, examinez l’extraordinaire nature morte disposée sur la table. La technique en petites touches fragmentées ne vous rappelle-t-elle pas certaines toiles de Camille Pissarro ? Vous devez connaître ce peintre des bords de l’Oise qui apparaissait comme le patriarche de ce groupe d’artistes français qui avaient la lumière comme unique religion.
J’attendis un instant pour développer mon argumentation.
- Les miches de pain sont peintes avec des teintes terres et ocres… Bien ! Mais qu’a fait l’artiste ensuite ? Avec la pointe du pinceau, il a rajouté sur ces couleurs de base un fourmillement de petites touches légèrement plus claires dans les parties ombrées. Dans les zones où l’éclairage est le plus fort, le pain est éclaboussé de tâches brillantes carrément blanches, juxtaposées, qui accentuent l’intensité lumineuse… N’est-ce pas de l’impressionnisme çà ?… Ce pain croustille, monsieur !
La compagne du binoclard n’osait plus bouger collée contre lui. J’insistai :
- Regardez le reste de la toile. Le procédé se répète sur le pot bleu foncé criblé de points bleu pâle et blancs. Les bords de la cruche rougeâtre sont perlés d’un blanc presque aussi vif que le liquide qui s’en écoule. Partout, vous retrouvez la touche fragmentée : sur la table, la corbeille à pain, le tablier bleu de la femme, ses bras, son bonnet…
Maintenant, reculez-vous légèrement et plissez les yeux. Pas trop mon ami, vous n’allez plus rien voir ! La lumière entre par la fenêtre et tombe directement sur la servante qui est inondée de vibrations lumineuses. Même les parties ombrées ne sont pas grisâtres, mais teintées de lueurs colorées.
Le grand brun faisait tout ce que je lui disais, sans un mot, impressionné.
- Alors ! Suis-je suffisamment clair ?… A vous entendre, je suppose que vous connaissez bien la peinture hollandaise. Avez-vous déjà vu cette technique, réellement innovante à cette époque, chez les contemporains de Vermeer ?… Ai-je réussi à modifier votre vision de l’artiste ?
Je n’attendis pas la réponse.
- Oui monsieur ! Il s’agit bien, en plein 17ème siècle hollandais, de la naissance de ce style qui allait révolutionner la peinture à la fin du 19e en France. Vermeer fut le premier à concevoir la couleur comme un phénomène soumis aux variations de l’éclairage et à la perception de l’œil humain...
Je voyais sur le visage de mon voisin qu’il était mal. Il voulut partir en entraînant la jeune fille. Sadiquement, je le retins par sa veste et lui assénai le coup de grâce.
- Attendez ! Je vous donne un exemple simple ! Vous connaissez la fameuse série des Cathédrales de Rouen que Monet a peintes à différentes heures de la journée ? Elles sont recouvertes de touches colorées épaisses qui accentuent le relief de la pierre et précisent les changements de tonalités apportés par la lumière extérieure… Eh bien, il s’agit du même procédé que Vermeer utilise sur ses miches de pain ! Je suis certain que Monet, à ses débuts, aurait payé cher pour profiter des leçons d’un tel maître.
J’étais un peu énervé. Plus un son ne s’élevait autour de La laitière qui continuait sa besogne sans se préoccuper de mes commentaires stylistiques. Elle savait bien, elle, où se trouvait la vérité de celui qui l’avait conçue…
Je terminai, compatissant.
- Je suis désolé de m'être laisser déborder par ma passion mais j’admire tellement ce peintre que je ne peux supporter l’indifférence ou l’incompréhension envers lui. Pensez à mes observations pour les tableaux que vous allez découvrir dans la suite de l’exposition. C’est la meilleure période du maître.
J’ajoutai :
- Si vous le pouvez avec ce monde, mais votre taille est un sérieux avantage par rapport à moi, n’hésitez pas à vous approcher au plus près de chacune des toiles pour mieux comprendre son travail tout en toucher. Vous ne serez pas déçu… Tenez, j’aperçois La leçon de musique ! Quelle chance que la Reine d’Angleterre ait accepté de s’en séparer pour l’expo ! Concentrez-vous sur l’effet de perspective qui est calibré au millimètre près. C’est aussi un des points fort de Vermeer. Il en a beaucoup !
Après quelques vagues paroles de remerciement, mon interlocuteur qui devait être le guide du petit groupe demeuré silencieux, s’éloigna vexé.
A suivre...
Alain
· Johannes Vermeer : La laitière 1658, huile sur toile 45 x 41 cm – Amsterdam, Rijksmuseum
Photos : http://www.artchive.com/
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12 décembre 2007
Vermeer. L'expo... 1/4
Une lumière dorée
Jeudi 16 mai 1996
L’eau à peine ridée de l’étang du Hofvijver renvoie l’aspect blanc marbré du Cabinet Royal de Peintures Mauritshuis, superbe bâtiment 17ème. Dans son prolongement, l’ocre foncé de l’élégant Binnenhof, siège du gouvernement des Pays-Bas à La Haye, offre un puissant contraste.
Nous suivons le flot bigarré des visiteurs qui se dirigent tous vers un curieux ponton reposant sur l’eau devant le Mauritshuis. Un centre d’accueil a été aménagé spécialement pour l’exposition afin de commercialiser livres, affiches, vidéos et objets divers. Une jeune fille amène vêtue d’un uniforme pivoine s’empare de nos précieux billets et nous montre le chemin à suivre. Je talonne Flo qui s’engage résolument sur la courte passerelle menant au rez-de-chaussée du musée.
L’image de ce type qui me tendait un prospectus devant le Musée d’Art Moderne à Paris, celui qui m’informa de la future exposition Vermeer, me revient en mémoire. C’était juste avant Noël, il y a seulement six mois…
Nous gravissons lentement l’imposant escalier en bois sculpté recouvert d’un épais tapis de velours rouge. Cette montée des marches me fait l’effet d’une cérémonie religieuse : les visiteurs progressent en silence, la tête penchée, recueillis, déjà unis dans un même sentiment de communion. Flo, le visage grave, paraît consciente de l’importance de l’instant. Il faut dire que je la prépare depuis plusieurs mois à cette visite.Au dernier étage, une foule disciplinée s’agglutine devant la première salle qui ouvre l’exposition. Nous nous insérons dans la file et attendons. Un sentiment d’anxiété m’étreint. J’ai tellement pensé à ce moment. Toutes ces personnes sont là uniquement pour voir 22 petites toiles dont 19 viennent des plus grands musées dans le monde, le Mauritshuis n’en possédant que 3. Quelle magnifique récompense pour ce peintre qui faillit disparaître dans l’oubli du temps !
Devant nous, des voix sonores, des rires bruyants troublent la solennité du lieu. L’accent est facilement reconnaissable : un groupe de touristes français de quatre à cinq personnes s’attirent des œillades courroucées. Je crois lire dans les regards : « Encore des Français qui ne comprennent rien à la peinture ! ». J’ai envie de dire à mes compatriotes : « N’avez-vous pas remarqué qu’il s’agit d’une exposition exceptionnelle ? Respectez toutes ces personnes qui viennent souvent de très loin comme en pèlerinage ! ». Hilares, ils ne se posent pas de question. Ils sont là en touristes de passage à La Haye pour voir une expo parmi d’autres et entendent bien distraire cette atmosphère funèbre inhabituelle.
Je tente de retrouver ma concentration intérieure avant de pénétrer chez Vermeer…
Une multitude de têtes frémissent en silence, cachant les toiles accrochées sur les murs verts. Avant de venir, je m’étais imaginé un grand hall plein de lumière mettant en valeur chaque peinture ; tout l’inverse de ce lieu étroit, presque sombre où nous venions d’entrer. Après réflexion, je dois admettre que cet endroit convient mieux à la peinture intimiste de Vermeer. Il doit apprécier…
Cela commence bien ! Pas simple de se frayer un passage ! Sur la gauche de la porte d’entrée, une masse humaine compacte contemple je ne sais quoi ? Regroupés à l’arrière de cette foule, nos compatriotes semblent s’être calmés. Par contre, ils gesticulent beaucoup pour tenter de discerner la chose. Par l’ouverture laissée entre deux crânes, j’aperçois un morceau de toile : quelques nuages ensoleillés… des toits dorés ? De suite, je saisis ce qui se passe : les organisateurs ont cru bon, pour chauffer l’ambiance, de mettre la Vue de Delft dès l’entrée. Cela aurait pu être une réussite si tout le monde ne s’était installé béatement devant cette grande toile mondialement admirée. Flo qui craint la foule me lance :
- Inutile d’insister ! Trop de monde ! L’on pourrait regarder les tableaux suivants et revenir plus tard ?
J’acquiese d'un signe de tête et suis sa courte foulée.
Nous débouchons sur les peintures de jeunesse du peintre : deux grandes toiles représentant des scènes
religieuses. Ce n’est pas encore la grande période de l’artiste. Nous avançons jusqu’à La ruelle. Plusieurs personnes alignées à la hauteur de son format étriqué en rendent la vision difficile. Je souffle à Flo : « Cela s’annonce périlleux…tous les tableaux à venir sont du même acabit. Même taille ou à peine plus grands ». Elle m’envoie une grimace expressive.
Avec une grande simplicité de moyens, l’artiste a rendu parfaitement l’atmosphère de cette ruelle toute bête : trois, quatre maisons en briques roses, deux petits personnages affairés et des enfants jouant sur le sol. La vie quotidienne en Hollande.
Flo peut inspirée par ces quelques maisons banales m’interpelle :
- Patrice, on tente à nouveau la Vue de Delft ?
Nous revenons sur nos pas précipitamment. Le tableau occupe tout un pan de mur à lui tout seul. C’est le plus grand peint par Vermeer. Le groupe de touriste français n’est plus là, sans doute découragé.
Pauvre Flo ! Même sur la pointe des pieds, son mètre 55 ne pourra la hisser au-dessus de cette barrière humaine.
- Vas-y tout seul… Je t’attends ici, dit-elle résignée.
Je m’apprête à tenter ma chance sans grand espoir lorsque je remarque qu’un jeune couple placé au premier rang, sur la droite du tableau, tergiverse et s’apprête à sortir. Instantanément, j’imagine une stratégie que je n’aurais jamais osée en temps normal. Après tout, la Vue de Delft se mérite ! Aurai-je un jour l’occasion de revoir ce fabuleux tableau ?
J’agrippe la main de Flo qui se demande pourquoi je la secoue ainsi, donne un coup d’épaule persuasif dans les reins d’un immense viking moustachu qui s’écarte étonné, déplace légèrement un homme grisonnant placé au deuxième rang qui, les yeux rivés sur la toile, ne se rend compte de rien, et m’empare du premier rang inespéré que le jeune couple vient tout juste de déserter. Tout s’est passé très vite. Deux touristes basanés, qui étaient postés en embuscade non loin du couple, sont grillés sur le poteau et nous dévisagent incrédules. Flo qui m’a suivi, passive, n’en revient pas.
- Tu es gonflé ! J’avais déjà vu çà dans un France-Irlande au Parc des Princes. Quel talent !
Je lui souris fièrement.

La Vue de Delft est incroyablement lumineuse. Une lumière rase enveloppe la ville qui apparaît à moitié baignée d’une lueur dorée, moitié dans l’ombre des nuages. Les couleurs de l’eau glissent lentement de l’ombre vers la lumière. Le grand ciel nuageux occupe les deux tiers de la toile, laissant s’infiltrer de-ci de-là les rayons du soleil qui éclaboussent d’or la Nieuwe Kerk (nouvelle église) dominant la cité.
Je n’avais encore jamais vu une peinture de paysage présentée de cette façon. Une sorte de vue panoramique que l’on retrouve fréquemment sur les cartes urbaines de cette époque : une longue bande s’allonge de la porte de Rotterdam et ses coquettes tourelles pointues bleutées face à nous, s’étire vers la porte de Schiedam et sa minuscule horloge au centre, et se termine sur les toits rouges violacés des maisons à l’extrémité gauche de la toile. Coincée entre l’immensité du ciel et l’eau sombre du canal, cette ville toute en longueur, comme une frise, aimante le regard.
Flo, surprise de se retrouver à une fête qui lui paraissait inaccessible quelques instants auparavant, est radieuse. Depuis le temps que je lui parlais de cette Vue de Delft…
Au premier plan, des petits personnages bavardent sur la bande de sable rosée. Ces obscurs lilliputiens habitants de Delft prennent l’air à l’extérieur des murailles par cette belle journée.
- Tu sens la respiration de la ville, dis-je à Flo pas encore complètement remise de notre passage en force ? Cette cité dégage une présence physique énorme… Regarde bien les maisons, la muraille, les portes de la ville et le pont au centre.
Elle m’écoute attentionnée.
- La matière des murs en briques et des vieilles pierres déformées est exprimée par des empâtements rugueux de différentes tonalités dispersés un peu partout… Tu distingues l’ondulation des tuiles sur les toits rouges dans l’ombre, sur la gauche ? Du sable a été mélangé exprès à la peinture pour donner du relief...
Flo s’approche pour vérifier.
- Remarque ces bateaux très sombres à droite. L’aspect granuleux de leurs coques s’oppose fortement à la
transparence lisse de l’eau. Le peintre les a bombardé de petits points lumineux clairs et de rehauts bleutés qui luisent comme des pierres précieuses… Bon ! Maintenant, recule-toi à nouveau et examine la vue d’ensemble… N’est-ce pas qu’elle respire ?
J’avais bien étudié la toile avant de venir ce qui apportait de la précision à ma description. Séduite, Flo se passionnait vraiment pour cette peinture qui ne l’aurait sans doute pas enthousiasmée en temps normal. Tour à tour, elle s’avançait, reculait, scrutait en experte les murs, les bateaux, se penchait de côté, au risque de gêner son voisin, pour voir de plus près les paysannes sur la bande de sable. Elle tentait de comprendre, soucieuse. Au bout d’un moment, elle se hasarda :
- C’est beau… -Je sentis une onde de bonheur m’envahir- Tu as raison, elle vit… Cette lumière éparpillée un peu partout… C’est quoi le petit pan de mur jaune de Proust dont tu m’as parlé ?
- On ne sait pas bien... C’est peut-être la fin du mur d’enceinte qui longe le canal, là, devant toi, à côté de la porte de Rotterdam. A moins que ce ne soit tout simplement un de ces toits dorés, juste au-dessus, en pleine lumière.
Quelques instants encore, je contemplai la Delft du 17ème siècle. Vermeer ne me décevait pas. Il n’avait peint qu’un seul grand paysage comme celui-ci, mais c’était un coup de maître unique. Aucun paysage de ses contemporains n’approchait cette luminosité exceptionnelle. Je m’expliquais mieux à présent l’éblouissement ressenti devant cette toile, lors d’une visite au Mauritshuis, par le critique français Thoré-Bürger au 19e. Il n’eut plus ensuite qu’une pensée : réhabiliter la peinture du maître hollandais oublié.
A suivre...
Alain
Cette exposition qui eut lieu au Mauritshuis de La Haye du 1er mars au 2 juin 1996 fut la première exposition entièrement consacrée au seul Vermeer. Elle réunissait la plus grande partie des toiles attribuées au peintre dans le monde (guère plus de 35 retrouvées).
Les personnages de cette histoire n’existent que pour mieux mettre en valeur l’œuvre de cet artiste unique dans l’histoire de l’art.
Johannes Vermeer
· La ruelle, 1658, huile sur toile 54 x 44 cm – Amsterdam, Rijksmuseum
· Vue de Delft, 1660, huile sur toile 97 x 116 –La Haye, Mautitshuis
Photos : http://www.artchive.com/
10:10 Publié dans Histoires de peintres, Histoires d'expositions, Histoires d'oeuvres | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : peinture, nouvelles, vermeer, vue de delft
14 mars 2007
La fascination Vermeer
Deux petits tableaux
Pouvais-je savoir, ce jour là, que cette visite au Louvre allait devenir un des moments importants de ma vie d’amateur d’art ?
Quelle chance nous avons de posséder ce « grand Louvre » où des millions de visiteurs se pressent chaque année ! Je m’y rends le plus souvent possible. Cette fois, j’avais décidé de revoir la peinture hollandaise du 17e siècle, période dénommée, à juste titre de par sa richesse, siècle d’or hollandais. Que des grands peintres ! : Rembrandt et ses clairs-obscurs, les portraits de Frans Hals, les paysages de Van Goyen ou Van Ruysdael, Jan Steen et son humour corrosif, les scènes de genre de Pieter de Hooch. Je me faisais un plaisir de les rencontrer à nouveau...
Ouf, ma journée en Hollande se termine ! Au passage, j'ai revu les peintres des Ecoles du Nord. Brrr... Diabolique cette Nef des fous de Jérôme Bosch ?... Rubens ? Ses blondes et plantureuses jeunes filles flamandes sont à croquer...
Je marche depuis un bon moment et la lassitude s’installe. Pourtant, je sais, par expérience, qu’il ne faut pas rester trop longtemps dans un musée car la vue se brouille et l’on finit par passer impassible devant des chefs-d’œuvre qui ne comprennent pas les raisons d’une telle indifférence.
Les salles se vident. J'ai fait le plein de peinture hollandaise. Ces tableaux m'enchantent. Ils sont le reflet du peuple hollandais avec leurs maisons coquettes, leurs intérieurs bien entretenus, des paysages de champs fertiles parcourus de canaux, la mer du nord pour horizon.
Fatigué, je m’apprête à quitter la Hollande lorsque j’aperçois un groupe de personnes scotché contre le mur de la dernière salle. Des abeilles ? On croirait des abeilles à l’entrée d’une ruche ! Mais que peuvent-elles bien regarder puisqu’il n’y a rien sur ce mur ? Erreur… je m’aperçois qu’elles sont tous simplement agglutinées devant une toute petite toile. Je m’approche d’une jeune femme placée derrière les abeilles. Elle tente péniblement de deviner la chose encadrée.- Que se passe-t-il ? Impossible d’approcher ! Il faut prendre un ticket, dis-je rigolard ?
- C’est la plus petite toile de cette salle et personne ne veut bouger, me répond la jeune femme essoufflée. A chaque fois que je viens c’est pareil ! Pas étonnant, c’est La dentellière !
La dentellière ?... Mais oui, j’y suis, La dentellière de Vermeer ! J’avais complètement oublié Vermeer que je connaissais mal, ce peintre intimiste hollandais tombé longtemps dans l’oubli et redécouvert au 19e siècle par un français. Sa personne restait énigmatique car l’on savait peu de chose sur sa vie. Peu de tableaux avaient été retrouvés. Une aura mystérieuse entourait son nom : Vermeer…
- En attendant votre tour, profitez-en pour aller voir L’astronome. C’est l’autre toile de Vermeer qui est sur le côté droit de l’ouverture, en pendant de la première. Ce sont d’ailleurs les deux seuls Vermeer que la France possède, il y en a tellement peu dans le monde… Vous ne serez pas déçu, me dit gentiment la jeune femme.
- Il y a donc deux tableaux de Vermeer au Louvre ? J’ai dû les manquer à ma précédente visite !
- Forcément, ils sont minuscules et ils sont toujours cachés par les nombreux visiteurs qui se pressent devant, me souffle-t-elle en essayant frénétiquement de se frayer un passage vers la Dentellière.
L’astronome, lui, est solitaire. Je me demande bien pourquoi ils sont tous devant la Dentellière ? Cette toile apparaît légèrement plus grande. Pas besoin de se coller dessus ! Etant seul, je prends le temps de l’examiner. Je n’ai encore jamais vu de près une œuvre de Vermeer.

Ma première impression est déconcertante : une émotion inhabituelle devant quelque chose de nouveau, d’inconnu… Pourtant la scène n’a rien d’originale : un savant, assis dans son cabinet de travail, pose la main sur un globe céleste. Devant lui, une table sur laquelle repose des objets. Une tenture ferme l’angle gauche de la pièce et recouvre la table. L’attention de l’astronome est concentrée sur le globe céleste face à la fenêtre, seule source de lumière apparente.
Cette représentation, sans intérêt notoire, s’apparente à toutes celles exposées dans cette salle. Comme chez la plupart des peintres intimistes hollandais, l’activité quotidienne est représentée. Pourtant, chez Vermeer, la vision de l’intimité est différente… Pourquoi ?
La clarté de la fenêtre distille des dégradés subtils d’ombres et de lumière sur le globe céleste, dans les plis du tapis jaune et bleu, sur le savant et le mur derrière lui. L’éclairage légèrement rosé sur la face et les mains du savant offre un doux contraste avec le vert de son habit. En m’approchant, je distingue des petites touches claires qui font vibrer les ombres bleutés du tapis ainsi que les ocres du globe céleste. Le modelé du personnage semble flou, dilué… Un merveilleux équilibre se dégage de cette œuvre. Une mélodie colorée rythmée par la lumière.
Je suis tellement sous le charme que je ne me suis même pas aperçu du départ des abeilles. Seule la jeune femme est restée en contemplation devant l’œuvre. Sans m’occuper d’elle, je quitte L’astronome et m’approche du minuscule portrait. Comment est-il possible de peindre aussi petit ?

A distance, la première impression est une harmonie en bleu et jaune. La dentellière est penchée, attentive sur son ouvrage. Cette fois, la lumière vient de la droite. Ma sensation est la même que face à l’astronome. Une douce clarté irradie la scène. Il ne s’agit pas d’un clair-obscur à la Rembrandt où les ombres sont réservées à l’arrière-plan ; ici, de fines nuances colorées dispersent les sombres et les clairs sur l’ensemble du motif. Je cligne légèrement les yeux, comme le ferait un photographe pour vérifier les contrastes devant le paysage convoité.
La dentellière médite. Le temps s’est arrêté. Le silence…
Cette peinture est lumineuse, limpide, d’une simplicité grandiose. La comparaison avec les toiles toutes proches des pauvres Ter Borch et De Hooch, pourtant les meilleurs du genre, est sans appel : celles-ci paraissent fades, sans éclat.
Je reste là, sans bouger, fasciné. Je ne perçois pas ce qui m’arrive. La jeune femme, qui est toujours présente, me regarde en souriant. Ma mine défaite semble l'amuser.
- C’est un choc, me dit-elle ! Cela fait toujours comme ça la première fois. Asseyez-vous, vous les verrez avec plus de recul.
Je suis son conseil sans même m’en rendre compte. Groggy…
A quelques mètres des deux Vermeer, je les regarde intensément. Ils me paraissent encore plus beaux à distance. Je n’ai jamais ressenti une telle émotion. J’ai la sensation qu’il ne s’agit plus de peinture. Je suis devant quelque chose d’autre, d’indéfinissable…
- Monsieur, le musée ferme ses portes dans cinq minutes. Merci de bien vouloir vous diriger vers la sortie.
Un homme en uniforme m’interpelle. Je le regarde hébété. Pourquoi ne me laisse-t-il pas tranquille ? Que peut-il comprendre à la peinture, ce type !
J’essaye de reprendre mes esprits. La jeune femme est partie. Je regarde une dernière fois les deux petits tableaux. Je traverse la salle suivante d’un pas incertain, sans un regard pour les toiles accrochées, et emprunte inconsciemment l’escalator en direction du hall d’accueil.
Alain
Voilà l’histoire de cette journée. C’est une histoire vraie, je l’ai vécue…
Depuis ce jour, je me suis documenté sur le peintre, l’ai étudié, l’ai rencontré à nouveau en Hollande et à Delft, sa ville natale. Des nombreux peintres que j’aime, il est devenu mon préféré et le restera longtemps.
Je reparlerai de Vermeer. Pour le plaisir…
Photos extraites du catalogue du Cabinet Royal de Peintures Mauritshuis à La Haye - Exposition Vermeer 1996
- Johannes Vermeer : L’astronome 1668, huile sur toile 50 x 45 cm - Louvre, Paris
- Johannes Vermeer : La dentellière 1669-1670, huile sur toile 23,9 x 20,5 cm – Louvre, Paris
16:55 Publié dans Histoires de musées, Histoires de peintres | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : vermeer, portrait, peinture, louvre, nouvelles, dentellière, astronome

